Félix-Gabriel-Fleury de Tardy

Félix-Gabriel-Fleury de Tardy, né à Joyeuse le 23 octobre 1831. 6e enfant et 4e Fils de Antoine-Maurice de Tardy, Vicomte de Montravel et de Fanny du Rouchet de Chazotte-Carrière.
Il fut employé quelques temps dans l’administration du chemin de fer de Lyon à Genève, puis il partit pour Rome, de Lyon, le 24 juin 1860. Félix arriva à Marseille le lendemain et y écrivit à sa sœur Amélie:
« Deux mots pour m’excuser de ne vous avoir pas mis au courant de mes projets que vous avez dû cependant apprendre par Philippe (son frère Joseph-Philippe 3e enfant né à Joyeuse le 6 avril 1826). J’ai quitté hier, ce cher frère un peu souffrant et lui sais beaucoup de gré d’avoir fait, dans cet état, le voyage de Genève à Lyon, etc … Pour moi, mon départ s’est décidé si rapidement, que je n’ai pu faire ni le voyage de Joyeuse, ni celui du Haut-Vivarais. je suis engagé depuis mardi dernier, 19 juin, sous les ordres de monsieur de Cathelineau, auquel je fus présenté lors de son voyage. C’est un engagement sur parole pour six mois dans un corps franc tout composé de français, que monsieur de Cathelineau doit venir organiser à Rome dans la huitaine courante et qui doit prendre bientôt l’offensive contre les envahisseurs des états romains, etc… »
Dans une autre lettre à sa sœur Amélie, on trouve l’enthousiasme et le dévouement qui l’animaient:
« Je ne vais à Rome que comme simple soldat et je t’assure que c’est avec bonheur que je verserais mon sang pour une cause si sainte et si belle« .
Partie de Rome le 6 septembre , la phalange de héros arriva à Terni le 9 et après plusieurs marches et contremarches pénibles, elle vint camper le 17 au soir à Porto di Recanati à deux kilomètres de Lorette. Quelques heures après, monsieur de Becdelièvre (le bataillon des tirailleurs franco-belges était sous les ordres du vicomte Louis de Becdelièvre) vint apprendre qu’on se battrait le lendemain et engagea vivement chacun à se mettre en règle avec Dieu.
Félix alla donc se confesser, et, en sortant de la tente de l’aumônier, il fut commandé pour une reconnaissance. Ce ne fut que deux heures après, tard dans la soirée, qu’il rentra dans sa tente et put prendre, mourant de faim, le fond d’une gamelle.
Le 18 septembre 1860, au matin, il communia avec ses camarades à la messe du camp, les escouades et compagnies se formèrent; il fut désigné pour faire partie de la 5e escouade, 4e compagnie.
La bataille commença entre 9 et 10 heures du matin entre un ennemi supérieur en nombre et la vaillante cohorte harassée par les privations(le bataillon des zouaves pontificaux).
Au moment du départ de Lorette, Félix embrassa son cousin Ferdinand de Chazotte, et prenant son rang, se mit à gravir, un des premiers, la trop fameuse colline, au sommet de laquelle la petite maison fut prise d’assaut.
Alors quelques uns se séparèrent de leur escouade pour y demeurer et défendre la position conquise, tandis que le reste de la troupe, se déployant en tirailleurs, s’avance au devant des Piémontais. Félix se trouve au premier rang: arrivé à treize pas de l’ennemi, on met un genou en terre pour épauler et, soudain, une balle vient le frapper mortellement au-dessus de l’œil gauche. Ce fut la première victime de cette mémorable hécatombe de martyrs.
Ferdinand de Chazotte était derrière son cousin, monsieur de Ferron tout près de lui aussi s’empressa de le relever et d’étancher son sang : ils entendirent distinctement le mourant leur dire alors d’une voix encore claire « Vive la France ! Vive l’Ardèche !  » et face à l’ennemi, le soldat du pape expira. Son corps retomba en arrière, la main gauche crispée sur son fusil, sa belle figure calme et à peine ensanglantée sur le front, les yeux demi-clos.
Les camarades penchés au-dessus de sa dépouille se relevèrent en criant: « Vengeons-le ! », mais trop peu nombreux, ils durent bientôt se replier sans pouvoir relever les corps de ceux qui étaient tombés et, malgré les vives insistances de monsieur de Becdelièvre, les Piémontais refusèrent de laisser reconnaître les morts. L’acte officiel de décès ne put être délivré que plus d’une année après. c’est ainsi que sut mourir pour l’église et pour la France, Félix de Montravel.
Il a fait au camp des tirailleurs pontificaux l’admiration de ses chefs et de ses camarades par ses hautes qualités de dévouement et d’endurance, jointes à la franchise du plus heureux caractère : il restera dans l’avenir une des plus pures, des plus nobles et des plus héroïques figures dont peut se glorifier la maison qui lui a donné le jour.
Ajoutons que la place laissée vide par sa mort dans les rangs des défenseurs de l’église fut aussitôt comblée par son frère Théodore au mois de décembre suivant.

Quelques années après une souscription spontanée permit d’élever en sa mémoire, dans la Chapelle du Sacré-Coeur de l’église paroissiale Saint-Pierre de Joyeuse, sa patrie, une plaque commémorative en marbre blanc dont photographie ci-contre.