Seigneurie de Joyeuse

Il est impossible de savoir qui fut, au début du régime féodal, le premier possesseur de la seigneurie de Joyeuse, devenue vers l’année 1200 un fief de la maison des Châteauneuf Randon.
Vers 1120, cette seigneurie était possédée par Guérin, prince de Luc, qui la transmit à sa fille, Vierne de Luc. Cette dernière, Dame de Joyeuse et de Pradelle, l’apporta en mariage à Bernard VIII, de Bermond d’Anduze, seigneur d’Aleth. De ce mariage naquirent deux enfants : Randone mariée en 1207 à Guigon de Châteauneuf, Seigneur du Randonnat et Bernard IX d’Anduze mort sans postérité.
Ce dernier et sa mère étant décédés, la terre de Joyeuse devint la propriété exclusive de Randone, alias Vierne d’Anduze, épouse de Guigon, alias Randon de Châteauneuf qui laissa deux enfants de son mariage:

  • Dragonnet de Châteauneuf, qui en hérita et échangea son nom contre celui de Joyeuse, appellation de sa possession, puis fit ajouter à ses armes pour se différencier, les trois hydres à sept têtes qui figurent depuis dans ses armoiries et qui sont devenues ensuite celles de la ville. Il doit être considéré comme le premier auteur de sa lignée dans la généalogie.
  • Irlande de Châteauneuf, mariée à Guillaume II seigneur d’Estaing.

La maison de Châteauneuf-Randon

La maison de Châteauneuf-Randon remonte au IXe siècle en la personne de Guigot de Randon, qui obtint du roi Charles le Chauve (823-877) la permission de construire dans sa terre du Randonnat, située en Gévaudan (aujourd’hui la Lozère), un château-fort qui devint l’un des plus important de la province et devant lequel fut frappé à mort le connétable du Guesclin.
Guillaume, seigneur de Châteauneuf, auteur de Dragonnet de Joyeuse, qui vivait en 1165, épousa Marquise d’Anduze dont il eut quatre enfants:

  • Guillaume, continuateur de la branche aînée des Chateauneuf-Randon
  • Guy, grand-père de Dragonnet de Joyeuse.
  • Guérin, seigneur d’Apchier.
  • Raymond, seigneur de Barjac.

Du mariage de Guy de Châteauneuf et d’Assumens, naquirent deux enfants:

  • Guy, dont la filiation n’est pas connue.
  • Guigon, alias Randon, époux de Randone alias Vierne d’Anduze. Père de Dragonet de Châteauneuf.

La maison de Joyeuse

1re génération

Dragonet de Châteauneuf, alias Randon, fils de Guigon de Châteauneuf-Randon, échange le nom de ses ancêtres par celui de sa possession et introduit dans les armes de sa famille les trois hydres à sept têtes qui figurent dans ses armes. Dragonet vivait en 1268, épousa en novembre 1283 Béatrix de Roquefeuille dont il eut trois enfants.

1261 – « Par acte reçu, Bernardus Grezelli, notaire, dans l’église de Rosières, la veille des nones de janvier de l’an mille deux cent soixante et un ; Randone alias Vierne femme de feu Guigon de Chateauneuf…..Devant Guilhaume Chabaud, notaire à Joyeuse, ….., dame de Joyeuse, femme jadis de feu noble seigneur Guigon de Chateauneuf en présence et du consentement de noble Seigneur Messire Guillaume de Randon, seigneur du Luc, qu’elle reconnaît pour son suzerain de plusieurs fiefs, donation à Dragonnet de Chateauneuf son fils et dudit Guigon, de tout ce que ladite dame avait en propriété, alleu, domaines, fiefs et arrière fiefs, juridiction haute, basse mare et ipare, château de la Baume et de Vallon en Vivarais et mandements d’iceux sous réserve de l’usufruit sa vie durant. Témoins : Regardon de Naves, chevalier, Mr Guillaume de Beauvois, chevalier, Mr Arnaud de la Garde, chevalier, Mrs Guillaume et Araud de Chaldeyrac, chevaliers, Jousselin fils de Regardon. »

2e génération

Bernard, fils de Dragonet de Châteauneuf, servit dans les guerres de Gascogne, vivant en 1343.

3e génération

Randon Ier, fils de Bernard.

4e génération

Louis Ier, fils de Randon Ier, fut créé Baron de Joyeuse en 1339 par le roi Charles V. Par lettres patentes du roi Charles VI, Louis Ier fut désigné pour chasser du Languedoc, les Tuchins, secte composée de paysans et d’artisans qui semaient des troubles et organisaient dans le midi de la France des pillages répétés. Avec l’aide de nombreux gentilshommes et gens de guerre, Louis Ier remplit avec succès la mission qui lui avait été confiée et chassa les Tuchins des villes de Bagnols, Uzes, Nîmes et de plusieurs autres de la province du Languedoc.

5e génération

Randon II, fils de Louis Ier de son 2e mariage avec dame Tiburge, Dame de St-Didier. Baron de Joyeuse et de St-Didier, conseiller et Chambellan de Charles, Régent du royaume et gouverneur du dauphiné.

6e génération

Louis II, fils de Randon II. Contemporain de Jeanne d’Arc, fut fait prisonnier par les anglais en 1423 à la bataille de Cravant. En 1425, Charles VII lui accorda par lettres patentes, le château de Sauzet, en Dauphiné, le fit chevalier de son ordre et son chambellan.

7e génération

Tanneguy: Par lettres de juillet 1431, Charles VII éleva la baronnie de Joyeuse en Vicomté. Il épousa en 1477, Jeanne de Bourbon, petite-fille de Charles VII. A l’occasion de ce mariage, Louis XI, alors régnant, donna par lettres patentes à Messire René da Batarnay, Comte du Bouchage et Bridoré, son conseiller et chambellan, procuration pour passer le mariage et il fut baillé au futur pour les droits et apanages paternels les places de Bothéon en Forez, Bouzac, Rochefort et St-Ginyes-les-Nîmes.

8e génération

Guillaume Ier, Vicomte de Joyeuse, conseiller et chambellan du Duc de Bourbon. En 1472, il épousa Anne de Balsac dont il eut huit enfants:

  • Charles
  • Louis évêque de St-Flour.
  • Guillaume, évêque d’Aleth et abbé commandataire de l’abbaye des Chambons. Sur son désir formel il fut inhumé, en 1554, dans la chapelle de Notre Dame de Pitié en l’église Saint-Pierre de Joyeuse, qu’il avait fait construire lui-même de son vivant. Le tombeau de l’évêque d’Aleth fait face à l’autel de la sainte-Vierge que surmonte le tableau de l’Annonciation. L’évêque d’Aleth se montra particulièrement très généreux envers Joyeuse et c’est en majeure partie à ses libéralités que nous devons la création du Collège des Oratoriens.
  • Jacques, abbé de St-Antoine de Viémois, Doyen de Notre Dame du Puy.
  • Thibaut, chevalier de Rhodes.
  • Jean, Seigneur de Saint-Sauveur, qui continua la postérité après celle de son frère aîné Charles.
  • Anne, mariée au seigneur d’Orlac.
  • Madeleine ou Françoise, alliée à Gabriel, baron de la Tourrette.

9e génération- 1re dévolution

Charles, Vicomte de Joyeuse, eut quatre enfants:

  • Louis, tué à la bataille de Pavie, le 24 février 1525.
  • Jacques, Vicomte de Joyeuse, mort sans alliance en 1540. Après avoir institué par testament ses oncles Louis, guillaume et Jacques pour héritiers, mais ceux-ci tirent ensuite rémission à leur frère Jean, des biens à eux légués, par leur neveu.
  • Hélène, mariée au seigneur de Brezons et de Montréal.
  • Jeanne, alliée à Gaspard d’Urfé, seigneur d’Auroux.

Le dit Charles de Joyeuse, avait par testament institué pour héritier, son fils Jacques, mais en lui substituant son frère Jean au cas où le dit Jacques décèderait sans enfant mâle. Or celui-ci étant mort en état de célibat, la substitution sortit à effet et jean devint Vicomte de Joyeuse.

9e génération- 2e dévolution

Jean de Joyeuse, sixième fils de Guillaume, Seigneur de Saint-Sauveur, par l’effet de la substitution, devint le seul possesseur de tous les biens de la maison de Joyeuse comprenant les seigneuries de St-Didier, Lamastre, Les Cours, Laudun, Calvisson, Arques, Auberive, Laptes, Dunières et autres places. capitaine du château de Peyreperton en 1546, Lieutenant du Comte de Villars, Lieutenant-général du Languedoc, Chevalier de l’Ordre du Roi, Gouverneur et capitaine de la ville de Narbonne en 1548. Il se marie le 22 novembre 1518 avec Françoise de Voisins qui apporta à son mari la baronnie d’Arques, les seigneuries de Laudun et de Puyvert et enfin la seigneurie et le château de Couiza, près d’Aleth, qui devint dès lors le séjour le plus habituel de la famille.

10e génération

Guillaume II, Vicomte de Joyeuse, Lieutenant-Général pour le Roi en Languedoc, chevalier de l’Ordre du Roi, maréchal de France, 3e fils et seul survivant mâle de jean de Joyeuse. D’abord destiné à l’église, avant la mort de son frère Antoine, avait été nommé à l’évêché d’Aleth, après le décés de son oncle Guillaume en 1554, mais après la disparition de son frère Jean Paul, sur la pressante sollicitation des siens qui prévoyaient l’extinction de la famille, il démissionna le 18 mai 1557, avec l’assentiment de Rome. Il n’avait d’ailleurs reçu aucun ordre. Il épousa en fin 1559 ou début de l’année 1560, Marie de Batarnay, Dame du Bouchage, deuxième fille de René de Batarnay, Comte du Bouchage dont il eut sept enfants:

  • Anne, premier Duc de Joyeuse.
  • François, Cardinal et troisième Duc de Joyeuse.
  • Henri, Comte du Bouchage et quatrième Duc de Joyeuse. mort capucin sous le nom de Père Ange.
  • Antoine-Scipion, second Duc de Joyeuse après la mort de son frère Anne.
  • Georges, Baron de St-Didier la Seauve.
  • Claude, Seigneur de St-Sauveur mort avec son frère Anne à la bataille de Coutras.
  • Honorat, mort en bas âge.

11e génération

Anne, François, henri et Antoine-Scipion firent leurs études littéraires à Paris au collège de Navarre, fondé par Jeanne de Navarre, femme du roi Philippe IV, dit le Bel, où ils furent accompagnés par leur précepteur Martin.

  • Anne: à peine âgé de 15 ans, revint auprès de son père en Languedoc faire l’apprentissage des armes puis il retourna à la cour où il débuta avec infiniment de succès dans son rôle de favori. En 1579, il reçoit le commandement d’une des compagnies d’ordonnance du Roi. Au cours du même mois, il est nommé Gouverneur du mont Saint-Michel et intrigue pour assurer à son père le gouvernement du Haut-Languedoc. En mars et avril de la même année, il joue le rôle de courrier de cabinet entre le roi Henri III et Catherine de Médicis, sa mère, et se trouva en cette qualité chargé à diverses reprises de missions confidentielles qu’accrurent encore la haute estime que le souverain avait de son tact, de sa distinction innée et de son dévouement. Le 1er juillet 1576, il est à la Fère avec La Valette, le futur Duc d’Epernon, ville devant laquelle Matignon vint mettre le siège. Deux ans plus tard, sur les vives instances du roi et ses démarches réitérées auprès de son beau-père Nicolas de Lorraine, Comte de Vaudemont, il obtient pour Anne la main de Marguerite de Lorraine, demi-sœur de la reine Louise. Mais afin de relever le prestige du fiancé et mettre en harmonie la splendeur de son nom avec celle de la princesse, Henri III va se charger de lui donner un lustre équivalent. A cet effet, par lettres du mois d’août 1581, il érige en sa faveur la vicomté de Joyeuse en duché-Pairie et dérogeant à l’édit de juillet 1566, exempte le nouveau Duché d’être réuni à la couronne à défaut « d’hoirs mâles ». Le 1er juin 1582, Anne de Joyeuse achète la charge de Grand Amiral de France. Le 1er janvier 1583, il est fait chevalier de l’ordre du Saint-Esprit. Le 24 février 1583, il est nommé Gouverneur de Normandie.
  • François: Archevêque de Narbonne en 1581 à l’âge de 19 ans, le chapeau de cardinal lui est accordé en décembre 1583 par le pape Grégoire XIII. Evêque de Rouen en 1605. François de joyeuse fut un prélat très pieux, d’une intelligence remarquable et un très fin diplomate, ce qu’il sut démontrer en de nombreuses circonstances. les élections de Léon XI et de Paul V auxquelles il fut étroitement mêlé, constituèrent un triomphe de notre diplomatie contre les intrigues de l’Espagne, achevèrent de consolider l’autorité du Cardinal de Joyeuse à Rome et son crédit en France. Le 14 septembre 1606, il fut appelé à suppléer le pape à la cérémonie du baptême du Dauphin et en 1610 il sacre Louis XIII à Reims. le 29 juin 1612, Le cardinal arriva de Rome et fit un long séjour à Joyeuse, berceau de ses ancêtres, où il aimait de loin en loin venir prendre quelques jours de repos chaque fois que les nombreuses obligations de sa charge le lui permettaient. C’est au retour de l’un de ses nombreux voyages à Rome qu’il apporta le beau tableau de l’Annonciation qui surmonta longtemps le splendide autel en bois doré venant de l’abbaye des Chambons, alors le maître-autel de l’église paroissiale Saint-Pierre de Joyeuse, mutilé et relégué ensuite dans la chapelle Saint-Régis. Un portrait du cardinal existe à la mairie de Joyeuse dans la salle des délibérations, ce doit être une copie de la gravure conservée à la bibliothèque nationale. Deux copies ont été faites, une vers 1900 par mademoiselle Pauline de Montravel sur la demande du chapitre de l’archevêché de Rouen dont ce portrait manquait à la collection des prélats de cette ville. L’autre en octobre 1898, par monsieur Chevalier, peintre à paris, qui l’a offerte gracieusement à Monsieur le Curé et ornait le grand salon du presbytère. Aujourd’hui, elle repose dans la sacristie au milieu de divers objets non entretenus.

Avec le cardinal de Joyeuse, s’éteignait la lignée mâle des Joyeuse, qui pendant plus de trois siècles, avait joué, non seulement dans la région vivaraise, mais encore dans tout le Languedoc et on peut ajouter dans la France entière, un rôle de premier plan. La dernière génération, surtout par ses brillantes alliances, ses charges importantes et ses richesses, sut s’élever aux situations les plus marquantes du royaume et jeta avant de disparaître un fulgurant éclair de lumière et de gloire.

12e génération

Après le décès du Cardinal, tous les biens, honneur et dignités de la famille passèrent sur la tête de Henriette-Catherine de Joyeuse, soit comme héritière naturelle de Henri de Joyeuse – Frère Ange – son père, dont elle était fille unique, soit comme légataire universelle dudit Cardinal, son oncle, par son testament du 22 août 1615. Henriette-Catherine fit donation du duché de Joyeuse à Louis, son 9e enfant qu’elle eut avec Charles de Lorraine Duc de Guise, à charge par ledit Louis de Lorraine, ses enfants et succédants de porter le nom et les armes de Joyeuse, conjointement avec celles de sa maison. En sa qualité d’unique représentante de la famille de Joyeuse, Henriette-Catherine fut chargée d’exécuter les legs pieux faits par Guillaume de joyeuse, évêque d’Alet, son arrière-grand-oncle, et par François, Cardinal de Joyeuse, son oncle.

13e génération

De son premier mariage avec Henri de Bourbon, Duc de Montpensier, Henriette-Catherine n’eut qu’une seule fille Marie de Bourbon-Montpensier, née en 1607. Le 5 août 1626, elle épousa Gaston d’Orléans, frère de Louis XIII, et donna naissance à une fille Anne Marie-Louise d’Orléans.

14e et dernière génération

Anne Marie-Louise d’Orléans (la Grande Mademoiselle), fille de Bourbon-Montpensier, petite-fille de Henriette-Catherine de Joyeuse naquit le 29 mai 1627. Sa mère décéda 6 jours après sa naissance, le 4 juin 1627. Du mariage de Louis de Lorraine avec marie de Valois, naquit en 1650 un unique fils, Louis-Joseph, Duc de Lorraine, duc de Joyeuse, de guise et d’Angoulême, prince de Joinville, Comte d’Eu et de Ponthieu, marié en 1667 à Elisabeth d’Orléans, mort en 1671, à peine âgé de 21 ans.
De cette union vint un seul fils, François-Joseph de Lorraine, Duc de Loraine, de Joyeuse, de Guise, d’Alençon et d’Angoulême, prince de Joinville, mort dans sa 5e année en 1675. Avec lui s’éteignit le Duché de Joyeuse, dont la terre en dépendant fut recueillie par Mademoiselle de Guise sa grand-tante, morte sans alliance en 1688. Au décès de cette dernière, cette terre passa par héritage à Charles-François de Lorraine, Prince de Commercy, mais celui-ci ayant passé à l’empereur, vit tous ses biens confisqués par Louis XIV. En 1694, Le Roi fit donation de la seigneurie de Joyeuse à Elisabeth de Lorraine-Lillebonne épouse de Louis de Melun, Prince d’Epinoy, nièce dudit Charles-François, laquelle la transmit à son tour par donation à Louis de Melun, son fils, né le 16 octobre 1694, en faveur duquel Louis XIV l’érigea une seconde fois en Duché-pairie en octobre 1724.

Maison Rohan-Soubise

Au décès de Louis de Melun, la terre de Joyeuse passa par héritage aux deux enfants de Madame de Rohan, princesse de Soubise, sa sœur:

  • Marie-Louise de Rohan-Soubise, Comtesse de Marsan, veuve de Gaston-Jean-Baptiste-Charles de Lorraine, gouvernante des enfants de France.
  • Charles de Rohan, Prince de Soubise, qui, en 1767, céda tous ses droits sur les biens de l’ancien Duché à sa sœur, qui en devint ainsi l’unique propriétaire et les revendit en détail à diverses personnes au cours des années 1786 et 1787. La famille de Vogüé s’était portée acquéreur du château.