Expulsion des Pères OMI en 1903

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Chronologie des événements

  • Depuis plusieurs mois le pays connaît une vive agitation et se prépare à résister contre l’expulsion des Oblats de Marie-Immaculée. Ces derniers, soutenus par leurs amis, orchestrent une véritable campagne par voie d’affiches, de brochures, de presse religieuse…
  • Des messes rassemblant des milliers de personnes se succèdent.
  • L’éveil ayant été donné le 2 juin 1901, un dispositif d’alerte est mis en place.
  • Des groupes se tiennent aux alentours du monastère, des jeunes gens prennent garnison dans le couvent, d’autres s’installent dans le clocher pour mettre en branle le bourdon le moment voulu, des amis postés dans plusieurs localités épient l’arrivée de la force armée.
  • Les 350 gendarmes venus, non seulement de l’Ardèche, mais de la Drôme, du Gard, du Vaucluse et de l’Hérault, ont été retardés dans leurs manœuvres par les amas de troncs d’arbres disposés sur le chemin allant de la grande route à la terrasse de la maison des Oblats.
  • Après plusieurs sommations restées sans réponse, les sapeurs du génie reçoivent l’ordre de fracturer la porte principale. il est 4h10.
  • S’étant heurtés à des barricades intérieures, les soldats du génie montent sur le toit. A 6 h du soir les gendarmes sont dans la place.
  • Un comité d’initiative appelle les catholiques du Bas-Vivarais à Bon Secours pour faire acte de réparation et de protestation contre les violences sacrilèges et la fermeture du sanctuaire. L’office du matin rassemble 8 à 10.000 assistants.
  • Tout rassemblement ayant été interdit sur la voie publique, les pèlerins pénètrent dans l’enclos Rouvière de l’hôtel de la Couronne pour écouter Monseigneur Bonnet évêque de Viviers, Monsieur l’abbé Rey-Herme archiprêtre de Saint-Péray, l’infatigable organisateur des pèlerinages ardéchois, Monsieur Deschanel avocat des Oblats à Largentière, Monsieur Chalamon avocat à Aubenas et Monsieur de Malbosc.

L’expulsion des Pères Oblats

Les premières expulsions, celles de 1880, avaient eu un caractère d’injustice et de tracasseries odieuses, mais en somme anodines quant à la continuité des œuvres; l’église demeurait ouverte. Non seulement les concours annuels n’étaient pas interrompus mais leur importance augmentait chaque année. Emile Combes, le persécuteur, le reconnaîtra lui-même à sa façon. En 1903, toutes les écoles congréganistes ayant fait une demande d’autorisation en vertu de la loi du 1er juillet 1901, ont vu cette autorisation refusée par le ministère de l’intérieur et des cultes. Le conseil général de l’Ardèche émit le vœu que toutes les congrégations du département fussent autorisées. Il y eut quelques abstentions mais personne n’osa voter contre. Le conseil municipal de Lablachère, sous la présidence du maire M. Roche, à l’unanimité, s’est prononcé en faveur de leur maintien, peut-être plus pour des raisons économiques liées au pèlerinage de Notre-Dame de Bon Secours que sur le dévouement et l’œuvre éducatrice accomplie.

La tension déjà forte qui règne entre les deux camps (républicain et réactionnaire) croîtra encore lorsque les mesures gouvernementales porteront atteinte à la congrégation des Oblats de Marie-Immaculée de Notre-Dame de Bon secours. Les père Oblats sont chargés d’assurer un service régulier du sanctuaire de Notre-Dame et doivent en être en même temps des auxiliaires pour les curés et desservants qui feraient appel à eux, notamment pour les prédications extraordinaires. Grâce à leur action et à leurs nombreux déplacements dans les diocèses voisins et celui de Viviers, ils ont rendu très populaire le pèlerinage à Notre-Dame de Bon Secours : le nombre annuel de pèlerins est évalué à 60.000. Chacun d’eux dépensant au moins un franc pour l’achat de manuels de piété, images de la statue miraculeuse, médailles, le revenu du sanctuaire peut être estimé à une soixantaine de mille francs.

En outre, l’établissement dispose de maisons et de terres d’une superficie d’environ 12 hectares, d’une valeur vénale de d’environ 70.000 francs. Parallèlement au pèlerinage, la congrégation exploite une pension tenue par des sœurs et appelée « Maison de Saint-Antoine de Padoue » et qui héberge les personnes désireuses de se recueillir auprès du sanctuaire. Les Oblats sont au nombre de douze en 1901, tous étrangers à nos deux cantons de Joyeuse et des Vans : deux sont originaires de Lozère, deux de l’Isère, un de Savoie, un de la Drôme, un du Doubs, un de Marseille, un de l’Ardèche; les trois autres sont des étrangers, un italien, un espagnol et un alsacien. Ils se répartissent en deux catégories :

  • Les pères portent le costume religieux, officient, exploitent le pèlerinage, vont dans les diverses paroisses où ils sont appelés à prêcher des missions ou des retraites.
  • Les frères portent le costume civils : ils sont considérés comme des domestiques, cuisiniers, jardiniers, commissionnaires.

Un tel établissement qui draine chaque année 60 000 personnes dans un rayon qui dépasse le cadre de nos deux cantons (Joyeuse et Les Vans) tout particulièrement lors de la fête de la vierge le 15 août et lors de celle de la Nativité le 8 septembre, ne peut qu’être bénéfique à la commune dans laquelle il est situé. On comprend dès lors qu’en 1901, le conseil municipal de Lablachère se prononce à l’unanimité des voix pour le maintien des missionnaires Oblats. Les autorités locales leur reprochent la propagande hostile à la république à laquelle ils se livrent sans retenue, soit par l’intermédiaire du journal de l’évêché « La Semaine religieuse », soit à l’occasion de leurs déplacements dans les communes de l’Ardèche et les départements limitrophes. Dans leurs diverses prédications, les pères oblats attaquent violemment le gouvernement et leur influence se fait surtout sentir à Lablachère. Le plus irréductible et le plus militant est le père Guyon-Vernier, originaire de Montrond dans le Doubs.

La demande d’autorisation de la congrégation ayant été refusée, les pères, condamnés, ne se laissèrent pas exécuter sans protestation. Ils le devaient à la cause qu’ils représentaient et à la fière foi des populations cévenoles.

Une lettre ministérielle, apportée par deux gendarmes de Joyeuse le 9 avril 1903, donnait quinze jours pour évacuer et fermer le couvent. Passé le délai de 15 jours qui leur était imparti pour quitter Notre-Dame de Bon Secours, les missionnaires qui restent sont dans l’illégalité. Le délai finissait le dimanche 28 avril. De nombreux pèlerins accoururent. Ils virent, au-dessus de la porte d’entrée du couvent un grand drapeau tricolore voilé de crêpe et sur la muraille, en grosses lettres noirs, l’inscription de Vive la liberté !

A la messe de 10h, l’église était comble. La plupart des assistants avait pris, comme les religieux, la cocarde tricolore en deuil avec une médaille de Bon Secours. Le père Odoul, d’une voix vibrante, remercia les assistants d’être venus si nombreux et leur dit:
– « Sachez-le bien: nous ne sortirons d’ici que par la force. Nous y restons parce que nous sommes chez nous et que nous avons le droit et le devoir d’y rester. mes frères et moi, nous ne craignons pas la persécution. S’il faut nos vies pour le salut du pays, nous sommes prêts à les donner. »
Ces paroles, emportées par mes assistants aux quatre coins de la contrée, eurent un retentissement immense. L’émotion était si forte, et la foule si nombreuse, que les agents du pouvoir jugèrent prudent de ne pas se montrer ce jour-là, quoique le délai fût expiré. Ils ne vinrent que le lendemain de bonne heure, par une pluie battante. Lorsque la brigade de gendarmerie se rend sur les lieux pour constater les faits, le tocsin retentit à son arrivée, suscitant, malgré la pluie, un rassemblement près du couvent d’une trentaine de personnes. Le supérieur Odoul parut à une fenêtre et le brigadier déclara:
– « J’ai ordre de constater si vous êtes partis ».
– Vous voyez bien que non, lui répondit le supérieur, j’y reste parce que j’ai le droit d’y rester.
– Les autres membres de votre communauté sont-ils restés aussi ? dit le brigadier.
– Là-dessus, je n’ai pas à vous répondre.

La pluie tombait à verse, le brigadier implora le père de le laisser entrer mais il dut se contenter de rédiger son procès-verbal sous la gouttière qui l’arrosait.
On avait, pendant ce temps, mis les cloches en branle et en quelques minutes les gendarmes étaient entourés d’une foule peu bienveillante. ils s’esquivèrent, mouillés et piteux. En route, le brigadier disait judicieusement à ses compagnons: « ces gens-là m’ont tout l’air de vouloir nous donner de l’ouvrage ! « .

Dès ce jour, commencèrent les préparatifs de résistance qui devaient permettre au couvent de soutenir, le 3 juin un siège de plusieurs heures.
Le 1er mai, nouvelle visite des gendarmes. Le 2 mai, citation pour le père Odoul, à comparaître devant le juge d’instruction de Largentière.
Le 9 mai, le juge de paix de Joyeuse lance une commission rogatoire pour interroger les trois autres pères Hoffet, Brun et Chaudesaigues. Ce juge de paix n’étant pas un « héros », il demande à s’abriter dans le couvent pour sa besogne. Refus. Il convoque les intéressés à l’auberge de la couronne. Il est si troublé qu’il ne parvient pas à rédiger convenablement son procès-verbal malgré plusieurs tentatives. cette pièce fut cassée plus tard et lui valut une admonestation de ses chefs. Le 12 mai, citation collective à Largentière.

Pendant la même période, le tribunal de la Seine nomme un liquidateur de la congrégation des Oblats; celui-là même que la justice devait envoyer à Cayenne pour avoir pris plus que sa part du légendaire milliard des congrégations. Ce monsieur choisit pour son représentant un avoué de Largentière, de famille et d’éducation chrétienne, mais qui ne leur fit pas honneur. Il essaie le 23 mai d’aller poser les scellés. Le 25 mai, il appelle le père Odoul en référé à Largentière. Le même jour, les abbés Bonnefoy et Némoz, propriétaires, invoquent un bail consenti aux locataires et parfaitement observés par eux. Le 28 mai, un arrêt du président autorise l’apposition des scellés. Le problème restait entier, comment procéder pour les placer, car on se disposait à recevoir la visite.

Après la déclaration du père Odoul du 28 avril, le dimanche suivant 3 mai, la foule est encore plus considérable. C’est la fête du patronage de saint-Joseph. Le père Hoffet prononce le sermon du jour; il assure que plus d’une fois, saint Joseph, obligé de fuir en Egypte, dut se servir de son bâton de voyage contre les loups. Le dimanche suivant, 10 mai, des masses énormes viennent des trois cantons voisins et de plus loin. Le père Brun parle de la Vendée. Après la messe que plusieurs ont du entendre dehors, tant l’église était comble, Maître Deschanel, avocat à Largentière, électrise de nombreux auditeurs réunis dans le jardin des pères. Le dimanche suivant, 17 mai, 5000 pèlerins se pressent autour des notabilités de la région. Maître Deschanel reprend la parole; monsieur Fraud, un paysan de la Drôme, ami de monsieur de Gailhard-Bancel, poète remarquable et orateur excellent prononce en patois un discours vibrant.

Devant ces manifestations, quelques sectaires crurent devoir parcourir les campagnes pour dénigrer religieux et religieuses. Ils n’étaient pas écoutés et dégoûtaient même nombreux de leurs amis politiques. On répondit à la propagande. Les défenseurs de Bon Secours portaient la bonne parole partout, dans la plaine et dans la montagne. Ils prodiguaient les affiches, les journaux, les tournées, les conférences; l’agitation ne cessait de grandir.

La maison des pères, fermée au dehors comme une prison et qui semblait vide, présentait à l’intérieur toutes les marques d’un déménagement précipité et l’agitation d’un chantier tumultueux: çà et là, dans un coin, une table, une chaise, une paillasse pour les religieux et leurs amis; les corridors dépavés, des tas de grosses dalles de pierre froide, des amas de planches, avec des troncs d’arbres et des bancs de fer, servant pour doubles et triples barricades à toutes les issues.

La résistance serait une protestation pacifique mais effective. Elle permettrait de réunir des catholiques des alentours, avertis par les cloches, les fusées et les estafettes. Des milliers de braves gens avaient dit aux Oblats: « appelez-nous quand on viendra vous chasser, nous voulons être là ». On leur donnerait le temps d’arriver.

A la tête des défenseurs se trouvait monsieur Joseph de Malbosc. Comme son père en 1880, il était accouru dès la première heure. Le jour, il parcourait les communes, lançant aux populations des appels enflammés, groupant à Bon Secours des centaines d’hommes électrisés par sa parole ainsi que sa seule présence. Le soir, il rentrait, prenant à peine un peu de repos sur la paille, derrière les barricades dont il avait dirigé la construction. Il fut par excellence, en cette occasion, l’incarnation de la résistance, le représentant fidèle des croyances et des traditions du Bas-Vivarais. Auprès de lui, monsieur Masson, maire de Berrias, suspendu par le préfet, pour avoir, par une lettre énergique, refusé son concours à la proscription des écoles libres de sa commune; monsieur de Bournet, dont le nom est synonyme de bienfaisance et de dévouement à la religion, frappé douloureusement par la perte d’un fils, il faisait trêve à son deuil pour défendre Bon Secours; monsieur Antoine de Casteljeau, avocat à la cour d’appel de Lyon, qui prodiguait avec les conseils juridiques les plus éclairés, les saillies du meilleur esprit gaulois; monsieur Joseph Bouchet de Joyeuse, dans toute l’ardeur de sa verte jeunesse et bien d’autres encore, représentants des familles les plus honorablement connues de la contrée. le plus bel éloge à faire de ces gentilshommes et de ces bourgeois, c’est de dire qu’ils étaient à la hauteur des fiers paysans librement groupés autour d’eux. Quelle belle légion de volontaires, jeunes actifs, sans forfanterie ! Quelle sympathie profonde entre ces braves gens et leur chef, Monsieur de Malbosc ! Ils travaillaient aux barricades, remuaient pierres et troncs d’arbres de leurs robustes mains, faisaient le guet chaque nuit ou bien la nuit comme le jour partaient en estafettes. Ils blaguaient les journaux de la préfecture peu habitués, sans doute, au désintéressement et qui les représentaient comme des salariés. Ils s’appelaient, entre eux les « quarante sous » comme les vendéens s’appelaient les brigands.

A la suite de la garnison, il faudrait célébrer les chefs et les soldats du dehors: monsieur le maire Roche, si calme, si énergique, si plein de sang-froid; les conseillers de Lablachère; monsieur Combaluzier, le maire de Beaulieu; l’abbé Balmelle, 80 ans, un fils du pays; Me Charousset, notaire à Joyeuse; Maître deschanel, avocat des pères; maîtres Méjean et Vigué, leurs avoués; les rédacteurs de la presse locale et régionale; les chefs des comités scolaires du Bas-Vivarais; monsieur Auguste de Lafarge et monsieur Talode du Grail en tête; monsieur Léouzun des Vans; monsieur Chambon d’Aubenas; messieurs Vernède père et fils de Joyeuse; monsieur A. de Gigord; monsieur Bartre de Pazanant; monsieur Plat de Ruoms; puis la jeunesse catholique du pays, messieurs castanet, Perrussel, Emile Mathieu, des Vans, Roure et debannes, d’Aubenas; et tant d’autres, non moins méritants, non moins courageux, élite morale et sociale de la Basse-Ardèche.
Et les femmes ! plus que les hommes elles étaient ardentes, courageuses et décidées à tout.
A son tour, l’évêque du diocèse prit la parole. Une lettre pastorale, lue dans toutes les églises, le jeudi de l’ascension 21 mai, protesta solennellement contre le proscription des religieux, « prélude de la persécution du clergé séculier et des laïques fidèles ». Monseigneur Bonnet recommandait à ses diocésains « l’union, la prière et la pénitence, et les invitait à s’adresser à Marie, secours des chrétiens.
L’appel fut entendu. Le dimanche 24 mai, le pèlerinage à Bon Secours prit des proportions grandioses et les assistants furent près de 10000.

Après la messe, réunion en plein air. Un vaillant avocat de Nîmes, maître Chatel et le président de l’Action libérale de Vaucluse, monsieur de Gailhard, prenaient la parole. D’une porte-fenêtre du 1er étage, Joseph de Malbosc les présente à la foule. L’énorme auditoire le salue par des cris enthousiastes avant qu’il ait pu ouvrir la bouche : « Vive Malbosc ! Vive la liberté ! ». Il jette à la foule des phrases courtes, vibrantes où frémit l’ardeur de ses convictions et de son dévouement et que l’assistance interrompt à tout moment pas ses acclamations: « Vivarois ! vous m’avez mis en sentinelle auprès des pères que vous aimez, autour du sanctuaire que vous vénérez. Vous m’avez commandé de faire bonne garde, de vous aider à monter à tous, par des manifestations éclatantes, ce que vous pensez des attentats que le gouvernement prépare contre votre religion, contre votre liberté; vivarois, je vous ai obéi ! avec la vaillante jeunesse qui m’entoure, avec vos frères, avec vos fils, j’ai monté la garde et battu le rappel. Vous l’avez entendu, vous êtes venus plus nombreux, plus unis, plus ardents chaque dimanche, pour affirmer vos convictions catholiques, votre mépris des sectaires ministériels, votre volonté obstinée de résistance. Honneur à vous ! Je suis fier d’être votre concitoyen! ».

Et Joseph de Malbosc demande d’acclamer « avec les pères Oblats qui personnifient ici la religion et la liberté ». Maître Chatel félicite les ardéchois de leur belle résistance qui excite l’admiration des départements voisins, de la France entière. Il se félicite lui-même de l’honneur de parler devant des populations si indépendantes, si énergiques, si résolues à faire respecter leurs droits et leurs libertés.

Les applaudissements et les acclamations répondent à l’orateur et saluent monsieur de Gailhard qui apparaît. Il repousse l’insoutenable prétention du sectarisme de vouloir servir le peuple en traquant les religieux. Est-ce que leurs établissements sont faits pour les millionnaires ? est-ce qu’ils sortent tous par hasard de la noblesse ou de la bourgeoisie ? est-ce qu’ils ne travaillent pas pour le peuple ? et quand les Oblats auront quitté Lablachère, quand la basilique de Notre-Dame sera fermée, quand le pèlerinage sera interdit, n’est-ce pas le peuple vivarois qui en souffrira ? oui, c’est sur les masses populaires que pèsera de tout son poids le régime odieux que les sectaires imposent à la France.

Monsieur de Malbosc termine par quelques mots: « Allez maintenant, chers amis; tenez-vous prêts ! cette réunion d’aujourd’hui est le veillée d’armes. Sous peu, le bourdon de Notre-Dame vous donnera le signal de la résistance finale. Accourez alors et que chacun fasse son devoir ».

Le dimanche 31 mai, fête de la pentecôte, et malgré la presse des vers à soie, la foule vint encore entendre monsieur de Malbosc et monsieur de Casteljeau.

L’administration préfectorale s’irritait et s’effrayait. On décida de faire vite. Le 2 juin, des gendarmes parcourent Lablachère en quête de logements pour la troupe. Ils demandent à Mme Veuve Constant de recevoir dans son hôtel, cinq officiers, cinquante hommes et autant de chevaux. Devant un refus, ils négocient à quarante, à trente, à dix, à cinq: même refus. Comme le brigadier insiste, elle réplique: « Allez-vous en d’ici. Je n’en veux pas un, entendez-vous? comment? vous venez chasser les pères, fermer le pèlerinage, nous enlever le pain de la bouche et il faudrait vous donner à manger ? Non, jamais; Allez-vous en de chez moi! ». A l’hôtel Boissin, à l’hôtel de la Couronne, même refus.

Le 2 juin, une affiche blanche posée sur les murs de Lablachère fait connaître l’arrêté préfectoral qui interdit les attroupements dans toute l’étendue du département et toute provocation à un attroupement.

C’est significatif. Le soir même on renforce les barricades de l’intérieur. On amasse, sur le chemin qui mène de la route à la terrasse, un enchevêtrement de troncs d’arbres pour arrêter la cavalerie. Des groupe se tiennent en permanence aux alentours. des jeunes gens prennent garnison à l’intérieur. D’autres s’installent dans le clocher pour mettre en branle le bourdon, le moment venu. Des amis veillent à Lablachère et dans les autres localités pour épier l’arrivée de la troupe. Le 3 juin, les messes se disent dès l’aurore. A neuf heures, les portes de l’église se ferment, le saint-sacrement est retiré et placé en lieu sûr. L’unique issue de la maison est barricadée solidement avec des dalles et d’autres matériaux; personne ne peut plus entrer ni sortir.

Vers 9 heures, les premières brigades s’installent aux abords de Bon Secours. Les cloches se mettent alors en branle; des cyclistes partent de tous les côtés pour donner l’alarme dans les villages voisins; les fusées, les bombes, les coups de fusil, les cris des paysans d’une colline à l’autre apprennent partout aux environs l’arrivée de la troupe.

Aux trois gares donnant accès à Lablachère, Uzer, Ruoms et Beaulieu, des brigades de gendarmerie ont débarqué, venues non seulement de l’Ardèche mais de la Drôme, du Vaucluse, du Gard et même de l’Hérault. Elles comprennent 300 hommes environ, moitié cavaliers, moitié fantassins. 200 autres sont en réserve et plusieurs compagnies de ligne des garnisons d’Alès et de Nîmes sont consignées. Faîtes attention, disait le préfet, ils ont probablement des fusils à Bon Secours. Il craignait même que les abords de la maison soient minés.

Or, comme le dira plus tard Joseph de Malbosc dans une éloquente protestation, « la manifestation annoncée dès le début avec éclat, devait être imposante par sa masse mais calme dans sa force; les cannes elles-mêmes étaient interdites ». Par ordre du préfet, M. Belleudy, les gendarmes en tenue de campagne avaient double provision de cartouches. Une compagnie de 27 sapeurs du 7e génie d’Avignon, des volontaires commandés par un lieutenant juif avait tous les outils nécessaires plus deux tambours pour les sommations avant de tirer sur la foule.

A trois heures moins dix, arrivent les autorités; préfet, Chef de division, sous-préfet, procureur de la république, juge d’instruction, juge de paix, greffiers et enfin l’avoué représentant le liquidateur. Ces messieurs sont escortés de tous les commissaires de police du département et du commissaire spécial de Privas.

La route est noire de monde: le bourdon continue de sonner le glas. Une foule compacte occupe les chemins, la place, les fenêtres des habitations; des hommes et des enfants sont montés sur les toits, sur les murs des enclos; beaucoup sont là depuis le matin. On chante; on pousse des acclamations: « Vive la religion ! vive la liberté! vivent les pères ! vive Bon Secours ». Le vénérable abbé Balmelle malgré ses 80 ans, circule à travers la foule; une autre octogénaire, Mlle Hélenne de Montravel, est venue à pied de Joyeuse, reprendre sur un banc de pierre la place qu’elle occupait lors des expulsions de 1880. A l’arrivée du préfet, les huées, les cris, les coups de sifflets partent de tous les côtés. Le cortège officiel s’arrête, protégé par la gendarmerie; magistrats et fonctionnaires sont interdits et pâles comme des morts. Le préfet, déjà blême, devient verdâtre et donne des ordres incohérents. on somme la foule de se disperser, celle-ci répond par de nouvelles huées et le préfet est de plus en plus troublé.

La cavalerie est alors lancée sur la place du couvent mais la barrière de troncs d’arbres arrête les chevaux qui s’embarrassent dans les branches. Les gendarmes à pied tentent l’assaut par l’escalier de l’église mais ils se heurtent à une muraille de poitrines humaines. Monsieur de Malbosc s’est fait descendre par une fenêtre et est venu là prendre sa place. Les commissaires de police se mettent en tête de la colonne et commandent une seconde charge. Des corps à corps s’engagent. La marseillaise éclate soudain. Les gendarmes reçoivent l’ordre de charger leur carabine. La foule ne bouge pas. Ils foncent le canon en avant sur cette masse humein, cherchent à la percer. Plusieurs d’entre eux et surtout les commissaires sont d’une brutalité révoltante envers des gens sans armes pas même des bâtons. Le commissaire spécial donne l’ordre d’arrêter monsieur de Malbosc, tandis que celui-ci protège deux militaires cernés et menacés par la foule. Monsieur André Castanet, des Vans, qui veut défendre monsieur de Malbosc est arrêté à son tour. On lui passe les menottes. D’autres encore sont arrêtés. Un jeune paysan lutte contre quatre gendarmes et se tire de leurs mains.

Les gendarmes ont fini par faire une trouée; ils se trouvent en face des femmes; celles-ci se tiennent par le bras, la taille et forment une chaîne dont on ne peut briser les maillons. On les bouscule, on déchire leurs vêtements, on les jette à terre, on les piétine. Mlle Mathieu de Berrias, renversée sur le sol risque d’être écrasée. Madame de Malbosc, mère, reçoit un coup de crosse de fusil.

Mlle Thibon de Chandolas, crie: « à bas les francs-maçons ».
– j’en suis un, lui répond le commissaire spécial Flouroux.
– Eh bien, prenez -le pour vous.
On l’arrête. Traduite en police correctionnelle, on lui reproche d’avoir hué le préfet: « certainement, je l’ai fait, mais si on avait arrêté tous ceux qui faisaient hou! hou! le tribunal de Largentière n’aurait pas pu les contenir. » les arrestations, les brutalités ont fini par exaspérer la foule qui a résisté pacifiquement jusque là. Elle va frapper, au risque d’un massacre trop probable. Que peuvent des pieds et des poings, si vigoureux qu’ils soient, contre des revolvers et des carabines ?

Alors, au milieu de ces galonnés démoralisés et affolés, paraît un homme de sang-froid et de cœur: c’est le maire, monsieur Roche. Chose inouïe, le premier magistrat de Lablachère n’avait pas été prévenu par le préfet de l’exécution qui allait être faite dans la commune. Il commence par dire au préfet ce qu’il pense des événements dont il est témoin puis intervenant hardiment sur tous les points, son écharpe aux reins, il oblige les policiers et les gendarmes à se montrer plus humains. Il empêche les bagarres. Une accalmie se produit. Après trois quarts d’heure, l’accès de la porte d’entrée s’ouvre au préfet et à sa suite. Les cris, les sifflets et les huées s’élèvent de toutes parts.

Suivent les phrases habituelles de ses sortes d’opérations: sommations du procureur; protestation du supérieur; ordre d’enfoncer la porte. Les sapeurs s’y prennent d’abord avec la hache, puis se servent d’un tronc de sapin comme d’un bélier. Ils suent à le besogne. Une autre escouade va vers la porte du jardin et s’acharne sans plus de succès. Quand le bois de la porte d’entrée a été émietté, apparaît la barricade intérieure formée de grosses dalles du pavé. Ceux du jardin abandonnent leur tâche, font le tour de la maison, enfoncent la porte de la chapelle de la sainte-Vierge, crochètent une grille dont les sapeurs font sauter la serrure. Ils sont en face de la grande glace qui protège la statue. M. Belleudy, fait briser cette glace; quand elle a volé en éclats, le préfet et ses sapeurs enjambent le tabernacle, appuient leurs bottes sur l’autel et sautent dans la chapelle. La bande conduite par le préfet et le lieutenant Lévy brise la porte de la sacristie; une barricade se dresse; ils grimpent dans l’escalier de la tour, suivent les galeries, arrivent à un petit couloir qui communique avec la maison; il est bourré de buissons d’épines; Ils reviennent par le même chemin, montent de nouveau sur l’autel, traversent la niche et gagnent le bosquet. Pour cacher les inutiles et sacrilèges dégâts qu’il viennent de faire, le préfet ordonne de placer les scellés sur cette porte extérieure.

Il faut en finir, la nuit approche. La foule malgré les cordons de troupe et les patrouilles de cavalerie, arrive de plus en plus hostile. Près de la toiture, une lucarne n’étant pas barricadée, un sapeur grimpe sur le premier toit de l’église, hisse un sapin par où d’autres le suivent, passe sur le toit de la sacristie où la manœuvre se renouvelle. Ils arrivent à la lucarne, la forcent, et pénètrent dans la place. Ils brisent alors avec fureur la porte des cellules des pères et finalement les expulsent.

Le père Brun sort le premier au milieu des vivats.

Le gendarme qui garde monsieur de Malbosc prisonnier lui dit:
– on crie: vive les Pères! où sont-ils donc ?
– mais là, voyez, en voici un.
– C’est un père cela ?
– Mais oui et un vrai.
– Et ils sont tous comme celui-là ?
– Oui, tous.
– Et il y en a beaucoup comme lui dedans ?
– Quatre.
– Rien que quatre ? et c’est pour quatre moines comme celui-là qu’on nous a fait venir ? trois cents gendarmes ? et de si loin ?
– Hé ! oui, et vous avez bien de la chance que ce soient des moines. Avec le cœur que je leur connais, vous ne les auriez pas encore mis dehors, répliqua monsieur de Malbosc. L’exécution terminée, les huées recommencèrent. Jamais, dans l’Ardèche, de mémoire d’homme, personne n’avait été honni et conspué comme le fut monsieur Jules Belleudy. Il est impossible de s’en faire une idée.

Le père Odoul, arrêté sur l’ordre du préfet fut emmené à Largentière dans une automobile qui se couvrit de fleurs; il fit 24 heures de prison préventive. Il fut condamné plus tard à 100 francs d’amende pour sa protestation. On écarta du reste le témoignage du préfet.
Les trois autres pères allèrent s’agenouiller devant la porte scellée de l’église. Les gendarmes de garde voulaient les écarter mais un officier, képi à la main, s’écria: « Laissez-les ». Tandis que d’autres murmuraient: « c’est dégoûtant des journées comme celles qu’on nos a fait faire! ».
Le commandant de gendarmerie Delbove et son état-major ne cachaient pas leur écœurement.

Le sanctuaire était profané, l’église était fermée, les fidèles vinrent prier devant la porte en attendant qu’elle se rouvre, ce qui fut fait le 29 août 1907.

Les pères condamnés au tribunal de Largentière à 16 francs d’amende avec sursis, en appelèrent par principe à la cour de Nîmes qui éleva l’amende à 25 francs et supprima le sursis.

Dans la presse, le chef des défenseurs des Pères, Joseph de Malbosc, fit entendre à son tour la voix de la conscience et de l’honneur « contre les procédés inouïs employés avec préméditation ». En terminant, monsieur de Malbosc salue les quatre expulsés: « la vaillance, l’élévation d’idées, la science et l’aimable piété leur conquièrent à jamais les cœurs de ceux qui les approchent et je tiens à l’honneur d’être compté parmi ceux-là ».

Alors que les Oblats de Marie-Immaculée ont été renvoyés de Lablachère en juin 1903, donnant lieu à des manifestations d’une ampleur considérable, peu à peu la communauté se reconstitue clandestinement. Ils sont au nombre de 9 en 1905, tous arrivés dans la commune la même année, sauf deux, Odoul Théophile et Lahondès qui figurent sur les listes électorales de celle-ci. Ils ont affermés plusieurs maisons disponibles de Notre-Dame et prennent leurs repas dans l’une d’entre elles (la maison Bérard). Un frère les sert à table, sert la messe, sonne les cloches et fait les commissions. La chapelle est rouverte en 1907 et de nombreuses messes y sont célébrées. Les pèlerinages ont lieu comme autrefois les 14 et 15 août et les 7 et 8 septembre.

En 1908 et surtout en 1909 les missionnaires ont fait des sermons, des missions, des retraites de 8 à 15 jours en dehors du département et dans maintes communes de l’Ardèche, malgré les poursuites exercées à leur encontre. Ils sont allés notamment à Joyeuse, Largentière, Sablières, Laval-d’Aurelle, La Bastide de Juvinas, Chassiers, Fons, Privas, Aubenas, La Bastide de Virac, Salavas, Valvignères, Vernon, Saint-Mélany, Thueyts, Antraigues, Orgnac, Chazeaux, Saint-Andéol de Bourlenc et Saint-Michel de Boulogne. Partout ils se disent chapelains, laissent supposer qu’ils ont l’aval de l’évêque de Viviers. De nombreux sermons et conférences ont été faits en Ardèche à l’occasion de la fête de Jeanne d’Arc. Les groupes de jeunes catholiques qui existent dans la plupart des communes ont prêté leur concours à toutes ces fêtes.

Deux ans plus tard, un terme est mis à l’affaire par le jugement prononcé le 24 février 1911 par le tribunal de Largentière qui statue sur les poursuites concernant les missionnaires Oblats de Marie-Immaculée accusés d’avoir fait partie de la congrégation légalement dissoute. Le ministère public ayant fait appel de ce jugement en ce qui concerne Messieurs Lahondès et Bernard, le dossier de la procédure passe au procureur général près la cour d’appel de Nîmes. Celle-ci confirme le jugement rendu le 24 février 1911 par le tribunal correctionnel de Largentière et condamne les deux religieux à 6 jours d’emprisonnement et 16 francs d’amende selon l’application des articles 16 et 8 paragraphe 2 de la loi du 1er juillet 1901 ainsi qu’à 389,55 francs de frais envers l’état.

Il aura donc fallu 8 ans pour que la congrégation des Oblats de Marie-Immaculée établie à Notre-Dame de Bon Secours soit véritablement dissoute.

Les conséquences économiques

Cela, plus que toute autre chose, témoigne de l’attachement de la population de cette région à un pèlerinage plus que séculaire et de très grande renommée dans le midi de l’Ardèche et les départements limitrophes. Concentrer pour deux jours des milliers de personnes dans une commune qui compte en moyenne 2000 habitants dans la deuxième moitié du XIXe siècle, suppose un vaste mouvement de déplacement de la population dans un rayon assez étendu. Il n’était pas rare de voir des familles faire plus de trente kilomètres à pied pour se rendre à la basilique de Notre-Dame de Bon Secours, un 15 août ou un 8 septembre. Le village de Notre-Dame et le chef-lieu de Lablachère n’ayant pas de logements suffisants, les pèlerins étaient souvent obligés de coucher en plain air.

A la veille de la guerre, la ferveur religieuse est encore intense dans les cantons de Joyeuse et des Vans malgré les assauts répétés du gouvernement républicain, spécialement en direction de l’enseignement et des congrégations. Bien que la contrée soit restée en majorité fidèle au clergé, les affrontement n’en ont pas moins été vifs dans les villages où la population se départage en deux camps adverses.

Dans une période de crise et de récession économique, il serait faux de penser que les préoccupations des habitants convergent toutes vers ce domaine. Il y a place, dans ces mêmes années, pour les passions politiques et religieuses dans une région particulièrement sensible à cet égard depuis les guerres de religion où la foi catholique est d’autant plus vivace qu’elle est atteinte par la minorité protestante dirigeante des Vans et où l’anticléricalisme et le républicanisme se nourrissent de la domination sans partage du clergé dans la quasi-totalité des communes.

La position de contact des deux cantons de Joyeuse et des Vans située entre les montagne catholiques et cléricales de Lozère et le midi méditerranéen démocrate-socialiste et protestant représenté par le Gard, renforce ces influences contradictoires et en fait depuis des siècles une zone instable, basculant tantôt du côté de la réaction, tantôt du côté de la gauche progressiste.

La deuxième moitié du XIXe siècle qui s’ouvre sur l’agitation sociale, révélatrice d’un malaise latent, se termine dans l’affrontement politique autour de la question religieuse (écoles et congrégations), manifestant par là une grande continuité historique. A plus de 50 ans de distance, les mêmes partis se retrouvent face à face même si les motifs de lutte ont changé : en 1848, il fallait défendre la république menacée, en 1903, il s’agit de l’imposer face à l’église et à la droite catholique et ultramontaine.

Entre ces deux dates, nos deux cantons ont connu avec la gâtine, le phylloxéra et l’encre, les plus grandes déconvenues dont les conséquences dramatiques ne se sont pas fait attendre : abandon progressif de l’éducation des vers à soie et de la châtaigneraie et forte émigration dans les villages. Tout cela entraîne le déclin d’une région qui connaît d’énormes difficultés pour se rattacher à un centre industriel ex expansion, par le biais des voies de communication (comme l’affaire du PLM) dont on pourrait attendre des effets bénéfiques sur l’activité commerciale.

Pendant les quelques décennies qui précèdent la guerre de 1914, les cantons de Joyeuse et des Vans ont vu se rompre brusquement le fragile équilibre économique qu’ils avaient mis un demi-siècle à construire et sur lequel reposaient les conditions de vie de toute une population de petits propriétaires-cultivateurs. Mais, réaction de défense contre ce changement brutal, la population semble vouloir refouler la douloureuse réalité en faisant passer au premier plan de ses préoccupations les querelles politico-religieuses qui perpétuent une tradition ancienne.

Bulletin des congrégations

Titre : Bulletin des congrégations…
Droits : domaine public
Identifiant : ark:/12148/cb327259526/date
Source : Bibliothèque nationale de France, département Philosophie, histoire, sciences de l’homme, 4-LC3-199
Provenance : bnf.fr

4 Juin 1903. Chaque dimanche, en attendant l’expulsion des Pères Oblats, d’imposantes manifestations ont lieu à Lablachère. Dimanche dernier, M. de Malbosc a redit le dévouement des Pères Oblats et le: bien fait par eux dans le pays. Après lui, M. Antoine de Casteljau, avocat à la Cour d’appel de Lyon, a montré comment les défenseurs, de Notre-Dame se trouvent être à la fois les, défenseurs de l’Eglise et de la France.. L’auditoire a acclamé les deux orateurs.

Lundi dernier deux gendarmes ont parcouru Lablachère et Notre-Dame, cherchant partout des logements pour la troupe. Presque tous les aubergistes ont refusé et déclaré -qu’ils; n’obéiraient qu’en cas de réquisition forcée.

Cependant au couvent, les fortifications se multipliaient. Chique soir, veilleurs et cyclistes revenaient avec une fidélité admirable.

L’expulsion a eu lieu le 3 juin dans l’après-midi. Les représentants de l’autorité étaient au grand complet! Le préfet Belleudy, le sous-préfet Berthelldt, de Largentière, le Parquet de cette ville, deux commissaires spéciaux, le juge de paix de Joyeuse et son greffier-étaient accourus entourés de 200 gendarmes, commandés par le chef d’escadron Delbauve.

Le maire de Lablachère, l’honorable M. Roche, était également présent avec une foule considérable qui entourait le couvent et protestait avec vigueur contre l’odieuse exécution.

Les portes, solidement barricadées, ont résisté pendant deux heures aux assauts répétés que leur livrèrent 40 sapeurs du 7e génie, venus tout exprès d’Avignon.

Devant l’impossibilité matérielle de venir à bout de ces obstacles, les soldats du génie grimpent sur les toits et pratiquent une ouverture par laquelle ils pénètrent dans l’intérieur du couvent. Après des efforts laborieux, ils par- viennent enfin à déblayer la porte. Les opérations, commencées à 3 heures, se sont terminées à 8 heures, devant plusieurs milliers de personnes accourues de toute la région. Le préfet et le sous-préfet furent vigoureuse- ment hués. Les sapeurs se sont conduits en vrais vandales. De superbes protestations furent faites par le Révérend Père supérieur et M. Antoine de Gasteljau, jeune avocat, rempilaçant M. Deschanels, empêché.

A la sortie des vénérés religieux, de vives manifestations ont eu lieu, ainsi que de nombreuses arrestations, entre autres celle de l’honorable M. de Malbosc, ancien maire de Berrias et du R. P. Odoul. supérieur.

Les scellés ont été apposés même sur la chapelle.

Le Révérend Père supérieur a comparu devant le tribunal de Largentière le 4 juin, après une nuit passée en prison. Le jugement a été renvoyé à une date ultérieure.