Beauzons en Cévennes ardéchoises 
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Eau richesse locale - 6

De Beauzons en Cévennes ardéchoises
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L’eau, génératrice de catastrophes naturelles


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Constater les dégâts

L’essentiel des précipitations est enregistré en quelques jours au printemps et à l’automne, notamment sur le piémont, sous forme d’averses violentes qui peuvent atteindre 100 mm/h et même 1 m en une seule journée. Ces pluies diluviennes sont à l’origine de crues, aggravées par la pente. En effet, les multiples rivières qui descendent depuis la ligne de partage des eaux peuvent atteindre jusqu’à 7 % de dénivelé, sur de longues distances, tout en franchissant des cascades plus verticales. Cela génère des dégâts sur les sols, malgré les aménagements du paysage conçus par l’homme pour se protéger des aléas. Tel fut le cas récemment avec un spectaculaire affaissement de terrain à Chalvêche en 1989, mais aussi avec des voies interdites à la circulation en 2004…

Le géographe Jacques BETHEMONT résume : «Les paysages de l’eau – ceux où l’eau constitue l’élément structurant et visuellement dominant - vont du plus banal à l’exceptionnel. Se maintenir sur place exige une mobilisation de toutes les ressources assortie d’un constant souci d’adaptation et d’innovation… En fait, l’eau est porteuse de multiples valeurs visuelles, scientifiques, archéologiques, architecturales ou ethnographiques.»

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Réparer l’essentiel

Les rapports entre l’homme et son milieu de vie sont complexes : occupation du sol, matériaux utilisés, sites de construction, drainage des eaux... La connaissance minutieuse du terrain ne suffit pas à dompter les aléas ! Des phénomènes surviennent à une échelle parfois supérieure à la durée de vie d’un homme - telles les crues centennales - dont il a nécessairement perdu la mémoire. Les mouvements de terrain (affaissement, effondrement, ravinement...) sont fréquents et justifient des classements de territoires en catastrophe naturelle. Les espaces agricoles et les biens publics sont ici les plus touchés, mobilisant des investissements conséquents.

En 1733/34, le royaume de France alloue une somme à la communauté de Faugères «ravagée par la grêle de 1732». A nouveau en 1736/37, la même collectivité perçoit une partie des «10 000 livres allouées aux communautés du Vivarais qui ont souffert de la grêle, des inondations, etc.» Les instructions donnent pouvoir «aux curés, maires et consuls (...) pour en faire la répartition aux particuliers qui ont éprouvé des pertes.» A la date du 23 septembre 1859, Rémy Rouvier, futur maire, note dans son journal : «De grandes pluies torrentielles se sont déroulées et ont causé de grands malheurs. Il faut remonter à 1827 pour... de semblables.»

Récemment, en 2004, la route de Chalvêche a été interdite à la circulation après les orages d’août. Et, vision moderne, le béton est utilisé pour renforcer ce point faible...

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Restaurer le patrimoine lié à l’eau

En 1851, la Cévenne ardéchoise est énormément peuplée : jusqu’à 127,8 habitants au km2 en Basse Cévenne du Sud, la plus forte densité régionale pour le Vivarais, vallée du Rhône comprise. Mais la population cévenole va décroître rapidement… Toutefois, la déprise agricole s’est accélérée dans la seconde moitié du 20e siècle. Deux auteurs ayant étudié cette démographie, Pierre Bozon et Fernand Lebrat, identifient les causes : des pentes très rudes exigeant un travail à la main minutieux sur de petites parcelles construites, des ressources d’appoint qui ont disparu, les avantages (comme la culture en terrasses) devenant des inconvénients.

Franchissant le Salindre au droit du moulin Turrel, l’ancien chemin de Faugères à Brès a légué le seul pont médiéval du mandement (un autre sur Payzac), à usage piétonnier ou muletier, repris dans les itinéraires de randonnée pédestre du pays Beaume-Drobie. Au printemps 2005, les deux communes de Faugères et Payzac ont décidé de le conforter et de le préserver. Pour un coût modéré de 1800 €, une dalle en béton armée a permis de consolider la voûte afin d’affronter l’avenir. Des pierres de celle-ci étaient tombées dans la rivière... Afin de préserver son cachet, une couche de terre est venue achever ces travaux.

De fait, au 21e siècle, la question de la rareté de l’eau revient d’actualité et la quête patrimoniale trouve une certaine notoriété. D’où des initiatives pour réhabiliter des aménagements ruraux des 18e et 19e siècles. Il en est ainsi pour la retenue du moulin de Bavancel... avec une évolution de son état constaté en 1983, en 2005 et en 2010. Ainsi, le Parc naturel régional des Monts d’Ardèche a choisi Faugères pour organiser une formation à la construction en pierre sèche, suite à des éboulements nombreux de murs de faïsses (terrasses) lors des orages d’août 2004.

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Protéger les populations

Beaucoup de phénomènes météorologiques sont soudains et éphémères, tandis que la sécheresse est plus insidieuse, car elle frappe progressivement une région et maintient son emprise au fil du temps. La faiblesse de précipitations génère en effet des manques hydrologiques renforcés par l’absence de nappes phréatiques. Les forêts, affaiblies et fragilisées, sont extrêmement vulnérables au risque «incendie». Celui-ci est accentué par l’absence d’entretien, dû au faible rapport économique du pin maritime. En coordination avec le service forestier de l’Etat, la commune a réalisé, dans les années 1990, un programme de pistes et de bassins pour assurer la défense de la forêt contre l’incendie. Des bornes ont été également installées dans plusieurs hameaux raccordées sur le réseau d’eau potable, «dans la limite de ses capacités propres».

Protéger les productions agricoles a animé la vie publique au 20e siècle. La commune adhéra ainsi à un «syndicat inter-cantonal de défense contre la grêle» dont l’objet était : «lutter efficacement et préventivement contre les chutes de grêle». Mais la technique des fusées à base d’iodure - puis celle des avions - destinées à «faire fondre» les nuages à risque s’est révélée «inopérante et inefficace» selon les autorités, le conseil municipal élevant une vive protestation en 1970 au motif que «l’expérience a démontré, au contraire, que les fusées anti-grêle ont permis d’éviter des pertes de récolte considérables...»

Par ailleurs, l’eau tombe également sous forme de neige. Là aussi, de fortes chutes peuvent entraîner des risques d’isolement et de dégâts aux biens. L’hiver 1986 a montré le réel risque d’isolement des communes du piémont cévenol lors de fortes chutes de neige. Les communes de Planzolles et Faugères ont acheté une étrave en 1979 pour dégager les voies communales.